Bienvenue au Royaume

La superficie du Lac Saint-Jean dépasse les 1000km2.

Lors de ses premières expéditions en Amérique, Jacques Cartier appréhende ce “nouveau monde” à travers une lorgnette bien européenne. Ainsi dans ses carnets, il consignera sa rencontre avec le “capitaine des sauvages” qu’il reconnaît comme étant le chef de ces autochtones avec qui il tente d’établir des contacts. Il réussira à convaincre ce capitaine de donner deux de ses fils qui seront présentés au roi François 1er. Lorsqu’il reviendra en Amérique, l’explorateur expliquera au chef que ses fils se plaisent tant en France qu’ils ne souhaitent pas revenir. En fait, les pauvres ont dû mourir d’une maladie du monde civilisé contre laquelle ils n’étaient pas immunisés…

Ce petit préambule aide un peu à comprendre les relations entre Amérindiens et Européens. Ainsi, ces derniers sont forcés de reconnaître que même s’ils prennent possession du territoire (notion qui n’existe pas chez les autochtones), ils ont affaire à des sociétés organisées, structurées avec une hiérarchie bien à elles. Le grand chef Donakona décrira donc à Cartier cet immense lac et ce qui l’entoure –des forêts abondantes, des rivières, des montagnes, etc.) comme un royaume dans lequel on trouve des mines de cuivre rouge. Il faut dire que les Européens étaient très sensibles aux légendes amérindiennes qui promettaient l’or et la soie tant recherchés. Il suffit de penser à l’Eldorado ou à Candide de Voltaire.

Ce royaume s’appelle, encore aujourd’hui, le Saguenay. Bien que beaucoup plus restreint que le territoire que Donakona avait décrit au Roi de France, il n’en demeure pas moins une région riche en ressources naturelles se situant à l’ouest du Lac Saint-Jean et traversée par la Rivière Saguenay qui devient un fjord –recherchez et retenez cet emprunt au norvégien– qui se jette dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent. Il s’agit d’un des meilleurs endroits pour voir des belugas, de sympathiques petites baleines blanches qui font le bonheur des kayakistes de mer.

Le Royaume du Saguenay existe surtout grâce à la force hydraulique. Ainsi, avant, pendant et même après la colonisation du début du 20e siècle, la rivière servait à transporter les immenses billes de bois vaillamment coupées et transportées jusqu’aux berges par les bûcherons, dont certains faisaient la périlleuse drave, c’est-à-dire le flottage du bois jusqu’à sa destination. Puis la rivière a également permis l’érection de barrages hydroélectriques qui alimentent toujours les usines de transformation de la bauxite venue de l’Ouest canadien en aluminium.

Mais le royaume ne serait rien sans sa population. Les plus tenaces stéréotypes les disent un peu susceptibles, très forts en gueule et surtout chauvins. Il y a bien sûr un revers sympathique à cela: les Saguenéens sont souvent débonnaires, fêtards et surtout très fiers.

Michel Gagné

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