“Je me souviens”

“Dans la salle de classe, personne ne murmure
Et moi j’apprends la géo sur les plaques des voitures”

Francis Cabrel, “Qu’est-ce que je viens de dire”

“Je me souviens”

Sans doute Francis Cabrel parlait-il des numéros de départements qu’on retrouvait inscrits sur les plaques minéralogiques des automobiles circulant en territoire français. Néanmoins, ce début de chanson a toujours interpellé l’enfant nord-américain que j’étais puisque j’ai toujours trouvé les plaques de voitures des autres provinces canadiennes ou des états américains près de chez moi pour le moins… intrigantes. Ainsi, le “À vous de découvrir” de l’Ontario ou le “État des montagnes vertes” me passaient régulièrement sous les yeux et je les trouvais simples et logiques. Je dois cependant dire que le “Vivre libre ou mourir” du New Hampshire m’a toujours laissé un peu perplexe.

Je me souviens... mais de quoi, au juste ?
“Je me souviens”… mais de quoi, au juste ?

Donc peut-être voyez-vous circuler des voitures de touristes ou de location venant du Québec avec une plaque minéralogique sur laquelle est inscrit : “Je me souviens”. Je me souviens de quoi, au juste? Personnellement, je me souviens que cette plaque est arrivée en 1978, soit trois ans après l’élection du Parti-Québécois de René Lévesque qui organisera un référendum sur la souveraineté en 1980. Cette nouvelle devise a remplacé le simple et laconique “La belle province”. On comprend donc qu’un gouvernement qui transforme sa province en pays ait envie de mettre la charrue devant les bœufs en se débarrassant de cette étiquette réductrice de “province”.

La devise “Je me souviens” ne recèle rien d’extraordinaire ; elle se trouve sous les armoiries de la province du Québec et elle fait référence aux fondateurs et bâtisseurs du Canada français depuis ses origines. Ainsi, la devise se veut rassembleuse et universelle. Or certaines personnes se sont aventurées dans des exégèses qui n’ont jamais pu faire l’objet de vérifications. Par exemple, un journal canadien anglais prétendait que “Je me souviens” serait le début d’un poème patriotique qui irait comme suit : “Je me souviens que né sous le lys, je croîs sous la rose”. Le lys fait référence à la couronne française et la rose à la couronne britannique. Or la descendance de la personne à qui on attribue ce poème a déjà nié son existence-même. D’autres personnes voient dans “Je me souviens” un parallèle avec la chanson “Un Canadien errant”, référant à l’exil auquel ont été contraints de nombreux patriotes pendant les troubles de 1837.

Bref, la devise du Québec inscrite sur les plaques de voitures a peut-être suscité un peu de controverse, mais elle incite à la réflexion. Ainsi, chacune et chacun peut se demander de quoi il veut bien se souvenir. De son numéro de plaque, peut-être ?

Michel Gagné

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