Jean Léopold Dominique, journaliste haïtien infatigable

Jean Léopold Dominique

Jean Dominique, né le 30 juillet 1930 à Port-au-Prince, vient d’une famille ayant une grande fierté et un respect profond pour Haïti. Son père, grand commerçant, l’emmène durant ses voyages à la campagne pour explorer ce beau pays. Ceci permet au jeune Jean de comprendre les différences entre classes sociales et le système hiérarchique qui rongent Haïti. Il se rend compte que les pauvres restent abandonnés et sans secours. D’où vient son désir d’aider les faibles ? Après sa licence en agronomie en Haïti, il continue ses études en France dans les années 1950. C’est là qu’il se passionne pour le cinéma et s’intéresse à son pouvoir sur la société. Il se rend compte que la majorité des films ont des messages politiques cachés derrière les intrigues. Il comprend également que le cinéma peut être un bon véhicule pour encourager la fierté nationale. De retour en Haïti, il travaille comme agronome aux côtés des paysans. Frustré par la négligence de l’État haïtien envers les agriculteurs, il utilise un mégaphone pour encourager les paysans à revendiquer leurs droits. Il est vite arrêté, battu et jeté en prison par les tontons-macoutes. Une fois sorti de prison, avec le même rythme, le même amour, la même passion, il reprend son action de militant. Dès lors, il devient un modèle pour les démunis, qui s’inspirent de sa bravoure. C’est ainsi que commence sa carrière de journaliste.

En 1968, Jean Dominique achète Radio Haïti-Inter. Peu après, il commence à diffuser sur les ondes AM et FM des émissions dans la langue des masses, le créole haïtien. Ce faisant, il aide des milliers d’Haïtiens en leur donnant accès à la presse, qu’ils ne pouvaient pas comprendre parce que les autres stations de radio diffusaient en français. Radio Haïti-Inter est très vite reconnue comme une station antiautoritaire luttant inlassablement pour la restauration de la démocratie en Haïti. Elle se donne pour mission la protection des droits et de la dignité de tous les Haïtiens. Elle parle sans hésitation de la violence effrénée des tontons-macoutes envers les paysans haïtiens.

Jean Dominique est connu pour sa volonté de poser des questions pertinentes, voire gênantes, aux autorités haïtiennes. Sa persistance et son courage de dénonciation forcent certains politiciens à se rendre compte de leurs erreurs, comme l’illustre son interview avec son ancien ami le Président Jean-Bertrand Aristide, à la fin des années 1990. Durant cette interview, Jean Dominique accuse le Président Aristide d’avoir signé avec le Président Bill Clinton un contrat qui permet aux sociétés américaines de vendre leur riz à bas prix en Haïti. Le déferlement du riz américain sur le marché haïtien finit par écraser les cultivateurs de riz haïtiens, qui deviennent non seulement chômeurs, mais aussi consommateurs de riz américain.

Jean Dominique reste le symbole de la liberté d’expression durant les régimes politiques oppressifs des Duvalier. C’est un activiste et journaliste qui utilise sa position pour chercher la vérité, exposer la corruption, lutter pour la liberté d’expression et l’amélioration du sort des paysans. Son assassinat devant sa station de radio le 3 avril 2000 crée un vide dans les médias haïtiens, que nul n’a encore réussi à combler.

Wedsly Turenne Guerrier

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