Rameau, l’artiste philosophe

Chaque semaine, Guillaume Gibert, guitariste classique, vous présente un compositeur ou une oeuvre musicale. Aujourd’hui, c’est Jean-Philippe Rameau qui est à l’honneur.

Le 1er août 1752, une troupe d’opéra buffa italienne débarque à Paris. Très vite, une controverse éclate: le Coin de la Reine, partisan de l’opéra italien, s’oppose au Coin du Roi, partisan de la musique Française. A l’opéra, on s’invective, on s’insulte, on en vient même aux mains. Mais c’est en 1753, lorsque Jean-Jacques Rousseau publie sa fameuse “Lettre sur la musique française” que, ce qui restera comme la Querelle des Bouffons, prend toute son ampleur. En concluant “les Français n’ont point de musique et, si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux.”, le philosophe met le feu aux poudres. Le composteur visé n’est autre que Jean-Philippe Rameau (1683-1764), compositeur à la Chambre du Roi et maître de l’opéra Français. Né à Dijon, provincial, celui-ci n’est venu à la composition que tardivement. Après avoir publié en 1722, son Traité d’harmonie réduite à ses principes naturels, où, s’appuyant sur les récentes découvertes acoustiques, il entend prouver le fondement naturel de l’harmonie musicale. Il s’installe définitivement à Paris. Il finit par devenir compositeur à la cour, et, à 50 ans, briller dans le genre majeur de l’époque: l’opéra de cour. L’opéra Français, héritier des ballets de cour, est un opéra où l’on danse. Divertissement pour la cour, il incarne aussi la grandeur et le prestige du roi. Pour ce faire, rien n’est alors trop beau, et ce sont de somptueux décors, costumes, de gigantesques machines qui viennent magnifier ces spectacles grandioses. Mais c’est aussi la beauté de la musique qui incarne le rayonnement de la monarchie, et Rameau y excelle. Si, dans l’orchestre, les musiciens n’ont de cesse de se plaindre de la difficulté des partitions, Rameau, musicien intransigeant dont l’art trouve sa vérité dans les principes de la raison, poursuivra inlassablement ses audaces.

“Circulation d’émotions”

Ce que critique Rousseau, c’est le manque d’expressivité de la musique française qui, pour lui, compense ses lacunes par des mises en scène fastueuses, artificielles. La langue française, impropre selon lui à l’inflexion musicale, n’a pas l’expressivité mélodique de l’italien. La musique doit être l’occasion de la circulation des émotions, et non le simple lieu de la maîtrise des règles harmoniques. En outre, il attaque un symbole de la mo­narchie en s’en prenant à son esthétique musicale. Mais Rameau, homme austère et renfermé, décrit comme avare et secret, est aussi celui qui composait toutes ses oeuvres dans l’intimité du clavecin. Musicien audacieux, sensible et raffiné, il écrit au soir de sa vie: “La vraie musique est le langage du coeur”.

Guillaume Gibert

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