Camille Saint-Saëns : le Virtuose Voyageur

Chaque semaine, Guillaume Gibert, guitariste classique, vous présente un compositeur ou une oeuvre musicale. Camille Saint-Saëns est à l’honneur cette semaine.

Un enfant de 10 ans et demi, aux bras frêles et aux longs cheveux s’installe au piano. Face à l’orchestre, il interprète deux concertos de Beethoven et Mozart, de mémoire. Nous sommes le 6 mai 1846, Salle Pleyel à Paris, et Saint-Saëns fait ses grand débuts. Dans la salle, le public est médusé par la puissance, la finesse et la maturité de son jeu. Dès le lendemain, c’est à un autre enfant prodige que le compare la presse: Wolfgang Amadeus Mozart.

Enfant curieux et surdoué, qui se passionne pour la littérature, la philosophie et l’astronomie, le jeune Camille fait de brillantes études au Conservatoire de Paris.
Très vite, c’est la composition qui l’anime. Il affectionne les formes libres comme le poème symphonique inventé par son protecteur Franz Liszt, à qui il dédie d’ailleurs en 1874 la Danse Macabre. Composée sur un poème d’Henri Cazalis et reprenant le thème courant au Moyen-âge de l’égalité de tous devant la mort, il utilise toute une palette d’effets afin de peindre le monde de la nuit, lieu de toutes les inversions et de toutes les libertés pour les artistes romantiques.


Compositeur réputé sérieux, Saint-Saëns n’est pourtant pas dénué d’humour. Dans le Carnaval des Animaux, fantaisie zoologique pour orchestre, humoristique et satirique de 1886, Saint-Saëns parodie certains compositeurs ainsi que lui-même. On y trouve de saisissants effets sonores, comme dans l’Aquarium, ainsi que des pièces d’une grande profondeur comme le Cygne. Il imite même un animal très particulier, le pianiste, travaillant ses gammes, symbole d’une virtuosité vide de sens !
Car si Saint-Saëns est un grand virtuose, son art est loin de n’être qu’une suite de prouesses techniques destinées à éblouir et divertir le public bourgeois de son époque. Au contraire, la virtuosité qu’il cherche, comme Liszt, est toute autre: “Elle est la source du pittoresque en musique, elle donne à l’artiste des ailes, à l’aide desquelles il échappe au terre à terre, et à la platitude. La difficulté vaincue est elle même une beauté”, écrira-t-il. Virtuosité créatrice, recherche d’effets sonores, mais aussi nouvelle conception de l’artiste, de l’homme, seul mais à qui rien n’est impossible.
Célébrant ses 50 ans de carrière, Saint-Saëns joue le 2 juin 1896 à Paris son ultime concerto : l’Egyptien. Il vient de l’écrire à Louxor, lors d’un de ses nombreux séjours en Égypte où il passe de plus en plus de temps depuis la mort de ses deux fils et la séparation d’avec sa femme. Le deuxième mouvement est inspiré par un chant d’amour nubien entendu sur le Nil. Rhapsodique, libre, il nous entraîne jusqu’en Extrême-Orient dans des sonorités évoquant le Gamelan javanais. Loin de l’académisme que l’on reproche parfois à son compositeur, ce mouvement, libéré de toute virtuosité inutile, est un hymne au voyage, à l’amour et à la liberté.

Guillaume Gibert

On vous conseille :

  • Camille Saint-Saëns – La danse macabre
  • Le Carnaval des Animaux ‘Aquarium’
  • Le Carnaval des Animaux, le Cygne
  • L’égyptien, 2ème mouvement

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