Miles Hyman : “Le programme de Middlebury est si justement renommé”

Tu as grandi non loin d’ici, dans le Vermont ?

Bien que je vive et travaille en France, dans un village qui se trouve tout près de Fontainebleau, je suis né dans le Vermont où j’ai passé une grande partie de mon enfance. J’ai grandi à North Bennington, petit village qui se trouve tout près du campus de Bennington College. Mes parents étaient tous les deux étudiants à Bennington et mon grand-père y enseignait tout en écrivant pour The New Yorker où il était critique littéraire pendant les années 1950 et 1960. J’ai donc grandi dans un milieu particulier, fréquenté par écrivains, musiciens et artistes de tous genres. Ce n’est pas difficile de comprendre pourquoi j’étais, dès mon plus jeune âge, attiré par les professions artistiques. 

À quel âge as-tu commence à dessiner ?

J’ai commencé à dessiner très tôt — dès que je pouvais tenir un crayon en quelque sorte. Encouragé par mes parents et par leurs amis artistes, mon intérêt pour le dessin s’est concrétisé par étapes, surtout dès mes 8-9 ans où je commençais à collectionner une série de carnets que je remplissais les uns après les autres. Le soutien de mes parents et de leurs proches a peu à peu été complété et renforcé par celui du milieu scolaire. Le départ en pensionnat à 14 ans m’a donné accès pour la première fois à deux choses fondementales : d’abord j’avais la possibilité de travailler dans un vrai atelier d’art où j’avais à disposition des toiles, des peintures à l’huile, des boîtes de pastels et surtout à un vrai enseignement artistique. Ensuite la proximité du célèbre Clark Art Museum a beaucoup compté pour moi : il s’agit d’un des meilleurs petits musées du pays et je m’y rendais aussi souvent que possible – il suffisait de traverser une petite route de campagne pour me retrouver entouré de Renoir, Sargent, Monet et Sisley. C’était magique et représentait surtout un fond d’inspiration et d’enseignement inépuisable !

La suite est compliquée, car il y a eu une période où j’ai fait plusieurs allers-retours entre les États-Unis et la France. Dans un premier temps, j’ai quitté le Vermont afin de suivre des cours à l’Ecole Léo Marchutz à Aix-en-Provence dans le sud de la France, revenant en Nouvelle Angleterre un an plus tard afin d’entamer des études universitaires à Wesleyan (Connecticut). Je suis ensuite reparti en France m’inscrire à l’École nationale supérieur des Beaux-Arts de Paris. 

C’est pendant cette période aux Beaux-arts que j’ai découvert la bande dessinée franco-belge, me liant d’amitié avec un certain nombre de professionnels qui m’ont encouragé et aidé à publier mes premiers livres. C’était là les vrais débuts de mon activité artistique professionnelle.

Peux-tu définir ton style de dessin ?

Je varie ma technique selon la nature du travail à faire. Mes préférées sont le fusain, le pastel sec et la peinture à l’huile. Ceci étant, j’ai un peu de mal à définir mon style de dessin, car il est à la fois réaliste – puisant son inspiration dans le cinéma, la peinture réaliste de la première moitié du XXe siècle, entre autres – et fantastique, puisqu’il intègre des d’éléments du rêve et du surréel. J’aime jouer avec la lumière, des éléments incongrus, des situations étranges, légèrement inquiétantes. J’essaie de bâtir mes images autour d’une représentation réaliste des choses quotidiennes tout en proposant une refléxion sur le temps, le mystère, l’insolite, l’imaginaire. C’est un équilibre entre deux univers qui permet d’exprimer un large gamme d’idées avec des images qui suggèrent des choses plutôt que de les montrer…

 Où trouves-tu ton inspiration ?

Partout — en me promenant, en lisant le journal, en voyageant. Souvent, une image me viendra alors que je suis dans la rue ou en déplacement. Dans ce cas je fais ce que je peux pour la “mettre de côté” dans ma tête en attendant le jour où elle aura sa chance de prendre forme sur papier. Dans d’autres cas, notamment lors de commandes d’illustrations ou de dessins de presse, il faut apprendre à maîtriser cette mécanique-là pour la reproduire “sur demande”. Cette démarche me permet de réagir à un article ou un texte qui ne me touche peut-être pas personnellement, avec une image qui, elle, reste au contraire très personnelle. 

J’essaie de créer des images aussi “ouvertes”, aussi universelles que possible plutôt que de coller au premier dégré de compréhension d’un texte. Je trouve que cette démarche laisse davantage de place à l’imaginaire de celle ou celui qui va ensuite regarder mon image et l’interpréter. 

As-tu des projets en cours ?

Oui, beaucoup de projets ! Mes dessins paraîtront tout le long de l’été dans Le Monde, illustrant une série d’articles sur les écrivains-espions — un formidable sujet ! Par ailleurs, je termine des illustrations pour un livre du grand écrivain britannique Michael Moorcock dont le titre est “Kabul et autres souvenirs de la troisième guerre mondiale”. Je crée ensuite des images sur Rome qui viendront compléter celles déjà publiées dans le livre paru chez Louis Vuitton sur cette ville magnifique; ces nouvelles images seront exposées à la Villa Médicis et au Palazzo Poli à Rome en octobre, ainsi qu’à Genève et Paris par la suite. Enfin, j’entame un nouvel album de bande dessinée, “Une romance anglaise” — une fiction basée sur le scandale “Profumo” du début des années 1960 en Angleterre. Bref, une rentrée bien chargée de projets passionnants !

Qu’as-tu retenu de ta petite semaine à Middlebury ?

J’y ai passé une semaine extraordinaire. L’atmosphère détendue et amicale sur le campus était en harmonie parfaite avec le vif échange d’idées et de connaissances pour lequel le programme d’été de Middlebury est si justement renommé. Je retourne rarement revoir mon état de naissance, et la visite à Middlebury s’est déroulée dans les meilleures conditions possibles pour ces retrouvailles. Bref, j’étais ravi de mes quelques jours parmi vous : c’était une semaine formidable qui me laissera des beaux souvenirs pendant longtemps ! 

Un grand merci à vous tous pour votre accueil !

 

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