Pierre-François Mourier : ancien ­Ambassadeur de France en Slovénie

Pierre-François Mourier a été consul et ambassadeur pour la France. C.M/LG

J’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec Pierre-François Mourier, Conseiller d’État en France, ancien Ambassadeur de France en Slovénie et ancien Consul Général de San Francisco. Il a accepté de me parler de son parcours, de la place qu’occupent les diplomates dans la politique française internationale et de la relation actuelle de la France avec les pays de la Francophonie.

Études et parcours

« La diplomatie n’était pas le métier que je visais au départ. Je ne suis d’ailleurs pas diplomate, puisque je suis Conseiller d’état. Mon parcours commence à Paris où j’ai fait la classe préparatoire d’Henri IV avant de faire l’École normale en lettres classiques. J’ai ensuite obtenu mon agrégation puis commencé une thèse que j’ai interrompu. Devnir professeur d’université ne m’intéressait pas. A cette époque, je suis parti à la revue Esprit et me suis mis à m’intéresser à la « chose publique »
J’ai pu rencontrer, par hasard, le Président de la République, Jacques Chirac (UMP – droite française). C’est lui qui m’a demandé de diriger sa campagne électorale, en 2000. Ce fut une rencontre étonnante car l’homme est tout à fait singulier. J’ai intégré son cabinet, en tant que conseiller chargé des études puis conseiller chargé de l’éducation et de la culture.
Suite à ces postes, parce que j’avais « la bougeotte » j’ai accepté le poste de Consul général à San Francisco.
Lorsque je suis arrivé, j’éprouvais beaucoup de tension, car je ne connaissais pas le métier. D’autant plus qu’être consul aux E-U, cela revient un peu à être un « mini-ambassadeur » puisque les circonscriptions sont immenses. On a donc à charge des zones très vastes. A la fin de ce poste, J’ai travaillé pour Alain Juppé (à l’époque ministre des affaires étrangères dans le gouvernement Fillon sous la Présidence de Nicolas Sarkozy, UMP – droite française) qui m’a nommé ambassadeur et je suis parti à Ljubljana (capitale de la Slovénie). »

« Le métier le plus formidable que j’aie jamais fait »

« Pour mener des projets a bien, j’avais une marge de manœuvre extraordinaire. Ce n’est pas le cas de tous les ambassadeurs. Dans les plus grandes ambassades, Washington DC, Berlin, Alger, Beyrouth, la marge de manœuvre est quasi-nulle. L’ambassadeur y est le collaborateur direct du président de la république, ce qui limite sa liberté d’action. Ce n’était pas mon cas.
C’est d’autant plus important qu’au sein de l’Union Européenne (dont la Slovénie est membre,ndlr), chaque pays dispose d’une voix, et cette voix a la même valeur quel que soit le pays. La Slovénie a donc, lorsque vient le moment du vote, le même poids que l’Allemagne. Alors l’ambassadeur joue un rôle crucial. Réussir à rapprocher deux pays politiquement peut avoir des conséquences significatives au niveau de l’Europe. Par exemple, la Slovénie a été un allié sur de nombreux dossiers, notamment celui du numérique dans l’exception culturelle pour lequel la France était en opposition notamment avec la Grande Bretagne (pre-Brexit). Le vote est allé en faveur de la position de la France grâce au soutien de nombreux pays européens. Nous avons également été alliés à la Slovénie lors de la renégociation de la PAC (Politique Agricole Commune, ndlr).
Le travail des ambassadeurs a donc un impact direct sur les politiques de l’Europe, et c’est d’autant plus vrai car la France jouit d’un statut de premier plan dans les affaires européennes. En tant qu’ambassadeur j’avais des relations régulières avec le premier ministre ou le président Slovène. C’est très gratifiant car on apprend beaucoup tout en ayant une vraie influence sur les évènements. C’est le métier le plus formidable que j’aie jamais fait. »

Périodes de crises : La puissance et l’impuissance des diplomates

« Il existe deux types de crises ; la crise sécuritaire et la crise politique.
S’agissant de la première, j’ai eu à gérer un accident grave de bus de touristes français. De nombreux morts étaient à déplorer.
Cela représente énormément de travail, et beaucoup de présence pour assister les proches des victimes. C’est beaucoup de pression, être auprès des familles, aider au rapatriement. Mais il y a aussi des moments plus gais, comme lorsqu’un citoyen français se fait emprisonner injustement et que j’ai pu le faire sortir puis rapatrier en France. Cela créé des liens forts et durables. 10 ans après je suis encore en contact avec certaines personnes que j’ai aidées.

Dans le cas d’une crise politique, on a beaucoup moins de marge de manœuvre. A cet égard, il a été difficile pour moi d’être ambassadeur sous François Hollande (2012-2017, PS, gauche française). Objectivement, la perte de valeur de la parole du Président Hollande a été difficile à gérer pour tous les ambassadeurs. Parce que nos collègues étrangers ne le prenaient plus au sérieux. A la fois à cause de son manque de popularité dans son propre pays et sa faible présence sur la scène Européenne, notamment par rapport à Angela Merkel (la Chancelière Allemande).
La plupart des pays Européens, et notamment les plus petits, aiment bien quand France et Allemagne s’équilibrent. Ils détestent quand l’un des deux est trop puissant, or dans les cinq dernières années, Mme Merkel était quasiment toute puissante.
Dans ces moments-là, on fait un peu « le gros dos ». On essaie de montrer que le pays reste dynamique et que des choses se passent, que des réformes sont faites. Lorsque la confiance des autres pays s’effrite, la marge de manœuvre de l’ambassadeur est faible. Même s’il est très apprécié par ses interlocuteurs, il ne peut compenser la perte de crédibilité de son dirigeant. »

Relation Macron-Merkel & Position de la France sur la scène internationale

« Le changement est perceptible. Emmanuel Macron (LREM : La République en Marche, Centre) incarne une nouvelle façon de faire de la politique. Pour l’instant, il a eu des séquences à l’international sans faute, que ce soit avec Merkel, Trudeau ou Trump. On pense ce qu’on veut du Président Trump, mais savoir que la France a une relation à la fois franche et cordiale avec les États-Unis, pour nous c’est très important. LE changement est radical sur la scène étrangère. Les derniers développementde ces jours-ci en Lybie montrent que la France est de retour sur la scène intenationale.

A ce propos, la presse parle parfois de la France comme du pays « le plus influent au monde à l’international ». Est-ce dû au chancellement de la confiance envers la Présidence Trump alors que Macron suscite une sorte de consensus enthousiaste ?
La France est de retour comme ce qu’elle a toujours été, c’est-à-dire une puissance d’équilibre. La « plus grande des nations moyennes », pourrait-on dire. Moyenne parce qu’on a 66 millions d’habitants et que nous ne sommes que la cinquième économie mondiale. Le « classement » d’influence dont la presse parle concerne ce qu’on appelle le « Soft power ». La France y excelle en effet, et c’est là que la diplomatie a évidemment toute sa place. LA diplomatie est à la base du soft power.
Il y a une demande de France. Les pays étrangers, qu’ils soient des pays arabes, des pays d’Afrique ou d’Asie, même le Canada et beaucoup de pays Européens ont besoin d’une France forte, qui a confiance en elle. De ce point de vue-là, Macron est une bénédiction.
Cela dit, le soft power à l’extérieur ne permet pas d’éviter ses responsabilités à l’intérieur du pays. Il faudra donc à Macron faire la preuve de sa capacité à réussir à l’intérieur. Si la popularité du Président baisse en Frnce, cela aura un impact sur nos relations avec l’étranger. Les chefs d’État se jaugent à l’aune de leur côte de popularité intérieure. C’est un outil capital pour mesurer notre influence internationale.

Justement, le rapport de Macron avec les pays d’Afrique est tendu depuis quelques remarques jugées maladroites, dans le style de déclarations faites par le Président Sarkozy lorsqu’il était au pouvoir. Ne s’agit-il pas là d’une faiblesse sachant la relation privilégiée qui nous unit à ces pays via la Francophonie ?
En tant que Haut-fonctionnaire, j’ai un devoir de réserve qui m’interdit de discuter de l’actualité récente. Ce que je constate néanmoins, c’est qu’Emmanuel Macron n’a jusqu’ici jamais fait deux fois la même erreur. Et même lorsqu’il en fait une, il ne la reproduit pas. Il a une courbe d’apprentissage très rapide. C’est un atout considérable. Je suis optimiste quant aux relations qu’il entretient avec les pays membres de la Francophonie. L’espace francophone étant amené à devenir l’espace le plus peuplé du monde, plus peuplé même que l’espace anglophone d’ici trente ans, et cela principalement grâce à l’Afrique, il est naturel que les relations que la France entretient avec les pays de ce continent soient au centre de nos considérations et pas comme c’était du temps de la Françafrique. »

Propos Recueillis par Alex Crémieu-Alcan

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