Amour courtois

Chaque semaine, Guillaume Gibert, guitariste classique, vous présente un compositeur ou une oeuvre musicale. L’amour courtois est à l’honneur cette semaine.

Thème universel des chansons du monde entier, l’amour se décline de bien des manières au fil du temps. Mais, au 12ème siècle, une forme bien particulière apparaît dans les cours des seigneurs du sud de la France : l’amour courtois.
C’est qu’à la fin du 11ème siècle en Occitanie, au sud de la Loire, sont apparus des artistes d’un genre nouveau: les troubadours. Trobador et trobadoraitz en occitan, ou “trouveurs” en français, doivent leur nom au fait qu’ils inventent eux-mêmes la musique et les vers de leurs chansons, à la différence des clercs qui, eux, chantent la musique d’église prescrite par Rome. Souvent des hommes, parfois des femmes, ils ont pour noms Jaufré Rudel, Azalaïs d’Altier, Bernard de Ventadour, Marcabru…
A la suite de Guillaume IX d’Aquitaine, ce sont des seigneurs et des chevaliers qui ont cessé d’être seulement des guerriers comme leurs ancêtres, et qui ont reçu une édu­cation dans les abbayes. Ils écrivent de la poésie lyrique destinée à être chantée. Parfois sur des mélodies religieuses, parfois sur des airs de leur création, ils chantent la chevalerie et l’amour en langue vulgaire, et la création musicale s’individualise. Naissance d’une culture d’élite hors de l’église et qui se différencie à la fois de la culture populaire et de la culture ecclésiale, l’art des troubadours exalte les valeurs che­valeresques et de nouveaux comportements de cour, plus raffinés, plus réfléchis. Cet art est à la fois l’élaboration et la célébration des valeurs d’une classe sociale en plein essor: la noblesse féodale.



Un nouvel art de vivre est né: la fin’amor ou amour courtois. L’art des troubadours participe pleinement à cette nouvelle ritualisation des comportements sociaux. Le chevalier tente par tous les mo­yen de s’attacher l’amour de la dame, en lui témoignant respect et poésie, ainsi que la noblesse et la pureté de ses sentiments. La dame, elle, reste suzeraine de la relation amoureuse et de son désir, et soumet sans cesse le désir du chevalier pour éprouver la noblesse de ses intentions. L’amant, transfiguré par l’amour, peut alors parvenir à la joie suprême.
Dans ces vers raffinés, dans ces mélodies si riches, c’est l’amour véritable qui est conté, l’adoration pour une dame dont la pureté absolue est exaltée. Des métaphores de la nature viennent renforcer cet univers poétique, comme l’oiseau qui, chaque année, revient et exprime la constance de l’amour.


Dispositif pédagogique pour ju­guler l’agressivité des jeunes hommes, ou religion de l’amour ? Édification vers la perfection des sentiments ou art élitiste inventé par une partie de la noblesse pour se distinguer ? Il n’en demeure pas moins que la fin’amor nous laisse une oeuvre magnifique et émouvante, témoignage unique de la vie à la cour et des relations hommes femmes au 12ème siècle. Si les troubadours disparaissent avec la peste noire de 1347, l’amour courtois, lui, continuera d’influencer la culture européenne pour longtemps.

Guillaume Gibert

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