Carmen : le chant de la liberté

Chaque semaine, Guillaume Gibert, guitariste classique, vous présente un compositeur ou une oeuvre musicale. Aujourd’hui, c’est Carmen qui est à l’honneur.

“L’amour est un oiseau rebelle, que nul ne peut apprivoiser” : c’est par ces mots restés célèbres que, le 3 mars 1875, le public parisien découvre le personnage sulfureux de Carmen lors de la première de l’opéra éponyme de George Bizet.
Carmen est une figure hautement subversive qui revendique sa liberté d’aimer et de désirer.
L’opéra met en scène les vicissitudes de l’amour entre la gitane andalouse, vivant au milieu des contrebandiers de Séville, et un brigadier, Don José. Saisi d’amour pour elle, ce dernier finit par déserter et la rejoindre au milieu des bandits. Mais le glorieux torero Escamillo la courtise aussi, et la belle Andalouse se promet à lui s’il triomphe à la corrida. Au moment fatidique, Don josé supplie Carmen de rester auprès de lui. Mais elle rétorque: “Jamais Carmen ne cédera: libre elle est née, et libre elle mourra”. Alors que dans l’arène le public célèbre la victoire d’Escamillo, Carmen veut le rejoindre et Don José, de désespoir, la frappe à mort.

Une oeuvre romantique

Composé d’après la nouvelle de Prosper Mérimée écrite en 1845, et mis en livret par Meilhac et Halévy, l’opéra est construit comme une inexorable progression vers la mort. C’est une première pour un opéra comique car la mort en est traditionnellement absente. C’est aussi le chant de la liberté d’une héroïne universelle et romantique, qui préfère mourir libre que de trahir sa vérité. En faisant ce choix, elle conserve paradoxalement le contrôle de son destin, et le droit à la parole libre.
L’oeuvre repose sur des oppositions symboliques (entre l’ordre et le désordre, l’amour et le devoir, la vertu et la liberté), et se déroule dans une Espagne pittoresque et fantasmée, moyen pour les artistes romantiques de contester l’ordre social de la bonne société parisienne. La musique, très espagnole, est extraordinairement expressive et vivante. Reprenant des rythmes de danses ibériques, Bizet y déploie tout son génie mélodique et dramatique.
Mais l’opéra choque énormément les moeurs de l’époque, et la salle se vide lors de la première. Bien que Saint-Saëns et Brahms y voient un chef d’oeuvre, la critique le condamne de manière unanime. L’oeuvre, très suggestive, fait scandale. Bizet tombe alors en dépression et ne s’en remettra pas. Après avoir été consacré à Vienne, Carmen connaîtra aussi le succès en France et deviendra l’un des opéras les plus joués au monde. Mais le compositeur, lui, sera déjà mort, à seulement 36 ans.

Guillaume Gibert

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