Le labeur de jardinier

« Quand l’homme fut mis dans le jardin d’Eden, il y fut mis, ut operaretur eum : pour qu’il le travaillât, ce qui prouve que l’homme n’est pas né pour le repos. »

Candide, Voltaire, 1759

Durant ces trois semaines, j’ai fait de mon mieux pour apprendre à vous connaître tous. En vous croisant j’ai vu la tension, l’inquiétude et la fatigue sur vos visages et dans vos yeux. J’ai essayé, avec force, sourires et plaisanteries, de vous soutenir de mon mieux, de vous transmettre mes encouragements par-delà les mots. Je n’attendais qu’une chose : voir le soulagement sur vos visages lors du « All Schools Bash » du milieu de session.

Un chemin au long cours

Inévitablement, à mesure que vous vous appropriez le français, vous allez avoir l’impression qu’il vous échappe. Qu’à chaque pas que vous faites vers lui, il en fait un pour s’éloigner de vous. Me concernant, après plus d’une décennie à apprendre et pratiquer l’anglais sans relâche, après avoir pu le parler avec vous, il me semble toujours que j’échoue à en comprendre un élément essentiel.
Malgré tout mon amour pour cette langue, je reste encore et toujours un invité dans votre maison.
La raison en est qu’une langue reflète l’infinie complexité de ceux qui vivent en son sein. Elle rassemble leurs joies et leurs peurs, leurs espoirs comme leur quotidien. J’espère que vous réaliserez vite qu’il vous est à jamais impossible de parfaitement maîtriser le français, tout comme cela m’est impossible. Nul n’est l’absolu propriétaire de la langue qui l’a vu naître. Cette réalisation est frustrante, car si notre vocabulaire reflète nos connaissances du monde qui nous entoure, se savoir à jamais ignorant de pans entiers de sa propre langue fait réaliser à quel point l’univers nous est obscur.

Cultiver son jardin

Cette réalisation, je l’espère, ne sera pas source de décou­ragement, mais déclenchera en vous une soif inextinguible d’apprendre toujours davantage. Car alors, pour vous, le monde revêtira ses plus beaux atours, et peut-être que, comme Candide, vous finirez par trouver votre El Dorado.
Samedi, les Écoles de langues se sont rassemblées pour former un tout nouvel ensemble aux frontières floues, un ensemble harmonieux ou tous profitaient des mêmes joies simples. Au lieu de vous y sentir perdu.e.s, vous y verrez toute la place qui existe pour de nouveaux possibles, pour vos idéaux et ceux des vôtres. Et en réalisant qu’il est si vaste, j’espère que vous vous rendrez compte qu’il est possible à tous d’y vivre sans avoir besoin de tracer des traits sur des cartes.
Mais pour en arriver là, il nous faut, à tous, cultiver notre jardin.

Alex Crémieu-Alcan

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


css.php