Soyez ridicules, soyez vivants

Finalement, l’adage ne serait-il pas en fait une litote ? Et si, au lieu d’entendre « le ridicule ne tue pas », on devait en fait entendre « le ridicule rend vivant » ou « le ridicule fait vivre » ? Lorsque l’on est prêt à affronter le regard d’inconnus, de se soumettre à leur jugement, on fait en quelque sorte un pari. Un petit peu comme ce jeu de confiance où l’on se laisse tomber en arrière les yeux fermés, espérant que notre camarade nous évitera la chute. Il y a là quelque chose de merveilleusement humain.

Le sentiment que nous partageons, des craintes que nous ne saurions affronter qu’ensemble. Si je vais sur scène me ridiculiser, c’est parce que je crois en votre bienveillance, je crois en votre capacité à valider le plaisir que je prends à faire quelque chose que j’aime, même si je n’y suis pas doué.e. C’est parce que je crois en vous. Alors faites-moi confiance, s’il vous plaît.

Jeudi soir dernier, lorsque vous vous êtes tou.te.s rassemblé.e.s autour de musique française, dans un lieu à l’acoustique douteuse, tout ça pour chanter faux et à tue-tête des génériques de dessins animés, des chansons d’amour mièvres et des paroles dans une langue qui n’est pas la vôtre, vous m’avez ému.

Sachons nous émouvoir du plaisir que prennent les autres à faire quelque chose sans y être bons. Sachons accepter et nous réjouir de ce que nul ne nous oblige à être bon.ne en tout. Car l’accepter chez les autres est la seule façon de s’attendre à ce qu’ils l’acceptent chez nous.

Soyez ridicules. Soyez vivants.

Alex Alcan-Crémieu

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