Peu de gens savent qu’en 1939 l’Ecole Française a accueilli le légendaire auteur – aviateur Antoine de Saint-Exupéry. Un énorme cri a été entendu dans le Château quand j’ai lu la plaque commémorative dédiée à cet auteur. Comme beaucoup de gens, j’ai grandi avec « Le Petit Prince », un livre qui m’a profondément touchée petite et que je continue à lire maintenant. C’était surréaliste de penser que je passais, à Middlebury, devant les mêmes arbres que voyait l’écrivain de mon enfance.
Professeur émérite de français et légende de l’histoire middleburyenne Stephen A. Freeman rappelle la visite d’Exupéry : « Je me souviens de Saint-Exupéry assis sur les marches de Forrest Hall avec des étudiants à ses pieds, racontant l’histoire de son vol de Marrakech à Bordeaux : le temps était parfait, il était tout seul et à moitié endormi quand il a ressenti le souffle chaud sur son épaule. Quand il s’est retourné, il y avait le visage d’un lion adulte qui se dressait sur lui. Apparemment, le zoo de Marrakech avait envoyé un lion au zoo de Bordeaux, et l’animal s’était échappé de sa cage. Saint-Exupéry a fait une manœuvre aérienne, le lion est retourné dans sa cage, et le voyage a continué…». Après ce récit incroyable, tous les étudiants eurent le souffle coupé !
J’ai mis du temps à écrire cet article, non seulement à cause de mon niveau en français, mais aussi parce que, à ma grande surprise, il était vraiment difficile de trouver plus d’informations pertinentes à ce sujet. Tous les livres et ressources écrites par Stephen Freeman mentionnent la visite et l’histoire anecdotique du lion dans le vol, mais il était presque impossible de retrouver d’autres histoires et détails de la visite de l’aviateur français à l’École française (sauf si vous avez le temps de vous plonger dans les archives de la Davis Family Library!). Comme le processus pour consulter les archives exige beaucoup de démarches administratives et comme je suis dans un cours de phonétique, où le temps libre est un privilège, j’ai décidé d’accepter cette situation comme un signe du destin : c’était sûrement mieux que je n’aie pas le droit d’empiéter sur les souvenirs personnels et sacrés de M. Freeman liés à cet été et à Exupéry.
Comme on ne peut pas remonter dans le temps jusqu’à l’été 1939, on peut cependant imaginer ce qui se serait passé si Exupéry avait rendu visite à Middlebury aujourd’hui. Nous parlons de l’homme qui opposait sa parole d’écrivain au discours assourdissant de la machine fasciste qui ravageait l’Europe, du reporter qui couvrait la guerre civile espagnole, de l’aviateur qui a disparu en mer avec son avion au retour d’une mission de reconnaissance lointaine sur son pays occupé. Que penserait-il de notre climat politique actuel ? De la tendance à la disparition de la démocratie dans le monde? De la politique de la France face à la crise des réfugiés en Europe ? De l’inégalité croissante et l’aliénation malgré l’interdépendance mondiale? Evidemment (et heureusement), notre monde n’est pas déchiré par un conflit militaire à l’échelle mondiale, comme l’était le monde d’Exupéry pendant sa visite à Middlebury, mais, peut-être que l’auteur du livre « Le Petite Prince » aurait jugé judicieux de simplement nous rappeler que : « les baobabs, avant de grandir, ça commence par être petit ».
Masha Makutonina

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