Dans cette Coupe du monde de la honte, tous les coups sont permis. Célébrons le football, pas la FIFA, et certainement pas les États-Unis de Trump.
Ne voyez pas une certaine ironie dans ce titre racolleur vis-à-vis d’une sombre histoire d’entorse au pied ; “j’ai mal à mon foot” est bel et bien une expression française qui s’est beaucoup popularisée dans le milieu du football. Inventé en Angleterre, officiellement en 1848 à Cambridge, The Beautiful Game est, selon la FIFA, le sport le plus pratiqué au monde avec environ 250 million de joueurs de part et d’autre du globe. Vecteur de passion, le football est une langue universelle, à la fois singulière et plurielle de par le fait qu’il soit joué absolument partout dans le monde avec les mêmes règles : un ballon, deux cages. Il n’existe pas, à ma connaissance, de pays sans terrain de football, mis à part le Vatican, qui a tout de même une équipe nationale. C’est dire. La popularité et le soft power de ce sport ne sont plus à prouver. Pourtant, à force de vouloir toujours plus grand, plus rentable et plus spectaculaire, le football semble parfois oublier ce qui a fait son succès. Cette dernière Coupe du monde en est une démonstration inquiétante.
Prisonniers de nos émotions
Après l’édition 2022 catastrophique au Qatar, les États-Unis, le Canada et le Mexique semblaient investis d’une mission : redonner ses lettres de noblesse à une compétition profondément ternie par les scandales liés aux conditions de travail des ouvriers migrants, aux droits des femmes, aux discriminations envers les personnes LGBT+ et à son lourd impact environnemental. Or, ce dernier sujet figure malheureusement déjà en bonne place parmi les critiques adressées à l’édition 2026 : une Coupe du monde disputée à l’échelle d’un continent entier, sur près de 8 000 kilomètres du nord au sud. Alors que le monde suffoque sous des vagues de chaleur toujours plus intenses et des incendies de forêt de plus en plus dévastateurs, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a parcouru plus de 100 000 kilomètres à bord d’un jet privé pour rallier les différents stades du tournoi.
Et quid des fans et du prix des billets ? Avec ses 48 équipes et ses 104 matchs – nouvelle formule – les revenus anticipés de la FIFA avoisineraient les 15 milliards de dollars, selon une info de The Guardian (au Qatar, c’était 5,8 milliards). Le football est le sport de l’ascenseur social, mais avec des prix pour une finale qui commencent à 700 dollars, avant d’atteindre 4450 euros minimum la semaine avant la finale (info L’Équipe), la FIFA a ouvertement craché à la figure des fans, sans qui ce sport n’est rien. Aujourd’hui, les passionnés du football sont prisonniers de leurs émotions. Et que dire des pauses hydratation ? Infantino l’affirme : “La FIFA ne gagne pas un dollar de revenu supplémentaire”. Malheureusement pour lui, la BBC a mené l’enquête. “Selon des experts interrogés par BBC Sport, un spot publicitaire de 30 secondes diffusé sur la chaîne américaine Fox Sports coûte en moyenne entre $200 000 et $300 000. Ce tarif grimpe jusqu’à $750 000 lors des matchs des États-Unis et des phases finales”.
“Le plus grand événement auquel l’humanité ait jamais assisté”
Il y a le prix des billets mais aussi le prix de la politique de Trump. Avant même le début de la compétition, de nombreux journalistes et supporters se sont vu refuser l’entrée sur le territoire américain. Le Somalien Omar Abdulkadir Artan, dont le pays figurait sur la longue liste des États visés par l’interdiction d’entrée décidée par Trump, n’a ainsi pas pu arbitrer pendant cette Coupe du monde, y compris lors des rencontres disputées au Canada ou au Mexique. Plus que jamais, la FIFA avait l’occasion de tenir tête au président du « Land of the Free ». Mais que nenni : Gianni Infantino a préféré botter en touche. Les autres victimes de cette politique migratoire sévère ? L’équipe d’Iran, qui a dû disputer une Coupe du monde dans des conditions différentes de celles des autres équipes et sans certains membres de son staff.
Carton rouge
L’affaire Balogun a marqué l’apogée des dérives de cette Coupe du monde. Après l’expulsion de l’attaquant américain Folarin Balogun face à la Bosnie-Herzégovine, Donald Trump a personnellement appelé Gianni Infantino pour contester le carton rouge. Lui qui dit “très bien connaître le sport”, avant d’admettre 20 secondes plus tard qu’il “ne savait pas ce qu’était un carton rouge”. Quelques heures plus tard, la commission de discipline de la FIFA, pourtant présentée comme indépendante, suspendait la sanction, permettant à Balogun de disputer le huitième de finale contre la Belgique. À peine croyable. Un moment devenu culte et qui nous rappelle un certain émir du Koweït en 1990, qui était descendu sur le terrain pour annuler un but de la France en plein match de Coupe du monde (et qui a obtenu gain de cause). Les États-Unis ont donc disputé leur huitième de finale avec leur attaquant vedette… et se sont inclinés, sèchement. Balogun aurait pourtant pu choisir une autre voie et renoncer lui-même à jouer ce match. Mais les footballeurs, peu courageux, sont rarement enclins à se priver de leurs privilèges, malgré le pouvoir et l’influence dont ils disposent. Mais cela est un tout autre débat qui méritent un tout autre article.
Comme si de rien n’était, la compétition a poursuivi son cours. L’Espagne a finalement décroché une deuxième étoile au terme d’un parcours brillant, avec un Donald Trump fidèle à lui-même, essayant par tous les moyens d’être sur la photo des vainqueurs. Selon Infantino, cette Coupe du monde a été “la plus belle de l’histoire, celle du American Dream”. Qu’il est affreux, ce rêve américain, si c’est à cela qu’il ressemble. Devant le président des États-Unis, Infantino poursuit : “C’est le plus grand événement humain, social et culturel que l’humanité ait jamais connu”.
Hélas, cet été, l’humain a été piétiné, le social bafoué et la culture ignorée. Le football, lui, a continué à rouler comme si de rien n’était.
Aujourd’hui, j’ai mal à mon foot. Plus que jamais. Mais comme beaucoup, je suis victime de mes émotions : il m’est impossible de ne pas regarder une Coupe du monde. J’ai essayé en 2022, sans succès, la passion est trop forte. Maintenant, une question se pose : jusqu’où la politique s’invitera-t-elle sur le terrain ? À quel point va-t-elle réussir à détruire le sport le plus aimé au monde ? La crise de confiance entre les supporters et la FIFA est réelle. Reste à savoir si l’instance mondiale du football préférera écouter ses fans ou les dirigeants politiques.
Connor Owens
Références
- https://www.nytimes.com/athletic/7456895/2026/07/20/gianni-infantino-fifa-world-cup/
- https://www.nytimes.com/athletic/7449190/2026/07/17/fifa-world-cup-10billion-tournament/
- https://www.gqmagazine.fr/article/quel-est-le-sport-le-plus-pratique-au-mondehttps://www.bbc.com/sport/football/articles/c1ly8emz4n1o
- https://www.lefigaro.fr/sports/football/coupe-du-monde/coupe-du-monde-2026-l-une-des-coupe-du-monde-les-plus-politisees-un-commentateur-suisse-dezingue-la-fifa-pendant-la-remise-du-trophee-20260720
- https://www.lemonde.fr/sport/article/2026/06/21/coupe-du-monde-2026-le-traitement-impose-a-l-equipe-d-iran-nuit-a-l-esprit-du-football-estime-son-coach_6705655_3242.html?srsltid=AfmBOooc8eiU_ZZBznUd3t8nPpLjxpJpy4goRakwSSQslG30tLUrQiMR
- https://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Coupe-du-monde-2034-la-designation-de-l-arabie-saoudite-met-des-vies-en-danger-selon-plusieurs-ong/1525989
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