« Un vaste programme de colonisation »
Partez de Montréal, prenez la Route 117 Nord, roulez pendant 650 kilomètres et vous arriverez en Abitibi. Cette région située au nord-ouest du Québec, à la limite de l’Ontario, couvre un immense territoire qui a longtemps appartenu à des compagnies forestières. Il faudra cependant attendre les années 1930-1940, pendant la grande dépression de 1929, pour que se peuple l’Abitibi dans le cadre d’un vaste programme de colonisation de ce coin de pays encore habité par les seuls « sauvages ».
En effet, l’exode rural du début du siècle au Québec a contribué à l’accentuation de la crise économique et comme la province de Québec ne disposait d’aucun filet social, les villes, même avec l’aide du clergé, ne parvenaient pas à soulager la misère. Le gouvernement a donc décidé d’octroyer des concessions aux familles -souvent nombreuses- désireuses de fuir la pauvreté. Ainsi, les premiers colons ont défriché les forêts de conifères de ce coin de pays peuplé principalement de mouches noires et autres féroces bestioles. Il en fallait du courage pour se lancer dans une telle aventure.
« Le ministère embellit la réalité »
Seulement, dans son entreprise -lire dans sa propagande- de colonisation, le ministère embellit la réalité ; s’il promet une terre fertile et généreuse aux futurs habitants, les faits sont bien différents… Les colons se heurtent à des sols essentiellement rocheux, peu propices à la végétation. Qu’à cela ne tienne, la colonisation fait son chemin et plusieurs bourgs sont établis jusqu’à la fin des années 1950.
Les Abitibiens se spécialisent d’abord dans l’exploitation forestière pour les papetières, puis on découvre des gisements aurifères qui feront la fortune de grandes compagnies et le malheur de pauvres travailleurs. C’est en effet pour son industrie minière que sera reconnue l’Abitibi et l’économie croîtra ou décroîtra au gré des lois du marché des métaux.
Un nom problématique
L’origine du nom Abitibi ne fait pas l’unanimité. Selon la connaissance que les missionnaires avaient des différentes langues algonquines, le mot pourrait signifier toutes sortes de choses, mais un élément ressort et fait consensus : l’eau. Plusieurs lacs couvrent effectivement ce vaste territoire. Donc « Abitibi » pourrait autant vouloir dire « là où les eaux se séparent » que « eaux mitoyennes ». Avant l’arrivée des colons, diverses tribus algonquines peuplaient l’endroit. Il subsiste certes quelques communautés, mais leurs conditions de vie sont souvent difficiles et décriées dans les médias canadiens et du monde entier. La cohabitation entre les blancs et les autochtones a toujours été et demeure encore ardue.
Outre les industries forestières et minières, l’Abitibi constitue désormais un terreau culturel avec un important festival international de cinéma ainsi qu’un festival de musique émergente. Sans compter les nombreux musées et centres d’interprétation des mines qui parsèment la région.
Michel Gagné
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