Qu’est-ce que la durabilité culturelle ?

Face aux menaces systémiques, des communautés aux États-Unis défendent leurs langues, terres et savoirs pour assurer leur durabilité culturelle.

Les modes de vie de tous les peuples traditionnels du monde subissent aujourd’hui de multiples attaques coordonnées de la part de d’acteurs étatiques, économiques et politiques cherchant à les uniformiser, les exploiter ou les effacer.

Leurs voies spirituelles subissent la discrimination religieuse et la destruction de sites sacrés. Les voies sociales de ses peuples se fragmentent sous la pression de l’exode forcé et des politiques d’assimilation qui rompent les liens de parenté et démantèlent les structures traditionnelles. Les voies terrestres sont victimes de l’accaparement foncier, de la déforestation et de l’extractivisme minier et pétrolier, qui altèrent durablement les écosystèmes.

Les savoir-faires autochtones se voient relégués ou remplacés par des infrastructures numériques imposées qui ne répondent pas aux besoins communautaires. Leurs systèmes économiques expérimentent la domination de marchés inéquitables, la dépossession des ressources et l’exploitation de la main-d’œuvre.

Les voies artistiques se retrouvent marginalisées, stéréotypées ou réappropriées sans consentement. Enfin, les voies du savoir s’érodent sous l’effet conjugué de la disparition des langues, de l’effacement des connaissances traditionnelles et de la domination de systèmes éducatifs qui en ignorent et méprisent ces patrimoines. 

Ces dynamiques visent à déraciner, uniformiser et exploiter ces peuples, niant ainsi leur droit à la dignité, à l’autodétermination et à la continuité de leurs modes de vie.

Aux États-Unis, par exemple, les peuples autochtones et afro-descendants voient leurs modes de vie menacés par l’exploitation des terres sacrées, la pollution industrielle et la dépossession territoriale. 

Des projets comme le Dakota Access Pipeline ne respectent pas les droits fonciers et spirituels des Sioux de Standing Rock. Ils traversent des territoires ancestraux sans consentement et menacent les sites sacrés et l’eau potable. Partout aux États-Unis, ces aménagements touchent plus de 1030 nations autochtones, reconnues ou non reconnues. Ces travaux d’extraction pétrolière compromettent la sécurité environnementale, fragilisent les pratiques spirituelles et réduisent leur capacité à maintenir leur façon de vivre avec la terre.

Sur la côte sud-est, la pression des promoteurs immobiliers et la spéculation fragmentent les liens de parenté entre les habitants Gullah/Geechee sur leurs terres natales. Pour cause, la montée des eaux y érodent ces terres communautaires, les plages et les centaines d’îles ; le réchauffement climatique fait disparaître la terre elle-même.

En Louisiane, les locuteurs du Kouri-Vini (créole louisianais à base française) luttent pour préserver une langue et une culture longtemps marginalisées et stigmatisées. Cette mise à l’écart vient d’un système éducatif et médiatique qui ignore et caricature leur héritage. Elle se renforce aussi, de manière plus subtile, lorsque certains mouvements de revitalisation linguistique cajun négligent ou minimisent le Kouri-Vini, malgré sa pratique historique par des communautés afrodescendantes. 

Ce ne sont là que quelques-unes des nombreuses communautés culturelles aux États-Unis affectées par des dynamiques qui fragilisent leurs voies sociales, terrestres, économiques et leurs savoirs.

Qu’est-ce que la durabilité culturelle ?

La durabilité culturelle désigne la capacité d’une communauté à maintenir, adapter et transmettre ses pratiques, langues, savoirs et valeurs face à des forces qui menacent son existence. 

Mon travail dans ce domaine se concentre sur la protection et la revitalisation des modes de vie qui soutiennent la vie culturelle d’un peuple : ses voies spirituelles (traditions religieuses, croyances et rites), ses voies sociales (structures relationnelles et modes de vie communautaires), les voies terrestres (relations avec la terre et l’eau), ses voies techniques (outils et infrastructures), ses voies économiques (systèmes d’échanges), ses voies artistiques (expressions créatives), et ses voies du savoir (langues et connaissances).

Contrairement à la préservation, qui se contente souvent d’archiver le passé, la durabilité culturelle mise sur la vitalité présente et future. Elle défend le droit des peuples à survivre et à faire évoluer leur culture comme ils le souhaitent. Elle existe comme réponse directe aux violences néocoloniales, aux politiques d’assimilation et au racisme systémique qui dépossèdent les peuples afro-descendants et autochtones de leurs terres, récits et savoirs.

L’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme affirme le droit de chacun de « prendre part librement à la vie culturelle » de sa communauté. Pourtant, ce droit reste inégalement appliqué.

Ce principe consacre la légitimité des langues, des savoirs et des pratiques culturelles dans toute leur diversité. Il reconnaît la valeur des voies spirituelles, sociales, terrestres, techniques, économiques, artistiques et du savoir qui structurent et soutiennent la vie collective des peuples.

De plus, il affirme une exigence claire : l’article 27 impose aux États l’obligation de garantir un accès équitable et de protéger la transmission intergénérationnelle des patrimoines vivants. Pourtant, dans de nombreuses régions, ce droit demeure largement théorique : des politiques d’assimilation, la marginalisation institutionnelle et les logiques économiques dominantes continuent d’entraver la pleine participation des communautés minorisées à leur propre vie culturelle.

Remplir la promesse de l’article 27 demande bien plus qu’un simple engagement juridique. Il faut des juristes capables de défendre les droits culturels et des fonctionnaires prêts à élaborer des politiques inclusives. Ce devoir collectif invite chacun à se sentir légitime et capable de contribuer, également des historien·nes, enseignant·es, artistes, étudiant·es, chercheur·es, militant·es ou citoyen·nes engagé·es.  Que chacun s’engage à soutenir la durabilité culturelle des communautés autochtones et minorisées, même sans en être issu·e.

Pour ma part, je concrétise cet engagement en enseignant le premier cours national de « Plaidoyer pour la durabilité culturelle » pour former des allié·es capables de transformer le droit et garantir la justice culturelle. J’invite tous ceux qui souhaitent s’engager à nous rejoindre au sein de mon organisation à but non lucratif, « Le Cercle des Gardiens de Nos Cultures », pour soutenir ensemble la durabilité culturelle et renforcer l’autodétermination des communautés autochtones et minorisées parmi nous.

Prince

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