Comment une musique rurale de rébellion anti-coloniale devient une musique du monde?
Le raï, un genre de musique algérienne venant d’Oranie rurale, représente la résistance d’un peuple pour sa liberté qui deviendra un succès international.
La naissance d’un genre avec une reine rebelle
Nous sommes dans la région de l’Oranie au nord-ouest d’Algérie dans les années 1920. Contre la beauté des eaux scintillantes de la mer Méditerranée, l’Algérie est en pleine occupation violente des français. Dans un petit village, une jeune fille orpheline à cause de l’occupation deviendra une vedette musicale. Elle s’appelle Cheikha Remitti et elle est considérée comme la grande-mère du Raï, un genre musical d’Algérie. La musique raï naît de plusieurs influences: la musique rurale de l’Oranie, le gnawa du Maroc, le flamenco espagnol, entre autres. Surtout, c’est une musique de rébellion comme le montre les chansons de Cheika Remitti. Remitti chante avec une voix mélodique et plein d’âme sur les épreuves des paysans algériens, le féminisme, et une fierté profonde pour la culture rurale bédouine de l’ouest de l’Algérie. Elle est rejointe par d’autres musiciennes qui développent le genre tel que Belkacem Bouteldja et Messaoud Bellemou. Remitti passe une longue carrière de plusieurs décennies et plus de 200 chansons jusqu’à sa mort à l’âge de 83 ans en 2006 à Paris.
Une nouvelle-génération post-indépendance
Pendant les batailles brutales et sanglantes pour l’indépendance de l’Algérie, le raï s’étend partout en Algérie en devenant le son de la résistance contre la colonisation française. Après l’indépendance en 1962, les musiciens tels que Chaba Fadela, Cheb Hamid, et Cheb Hasni, parmi d’autres, transforment le style du raï. Influencés par la nouvelle technologie d’enregistrement et plusieurs genres du monde, ils décident d’incorporer ces styles en les combinant avec les éléments classiques du genre et les sons électrifiés comme le synthétiseur et la guitare électrique. Cette itération du raï conserve néanmoins sa conscience politique. Elle devient une musique de la jeunesse dans le but d’attirer l’attention sur le chômage et les problèmes sociaux de la vie post-indépendance. Sa popularité explose mais est rencontrée avec une censure puissante du gouvernement algérien. Par conséquent, un grand nombre de musiciens raï déménage en France pour produire leurs chansons de résistance.
D’une musique rébellion à une musique du monde
Pendant la fin des années 1980s et les années 1990, le raï voyage en France dans les cœurs des musiciens qui veulent échapper à la violence du gouvernement algérien. En janvier 1986, il a lieu un grand festival du raï à Bobigny, une banlieue de Paris où tous les grands musiciens tels que Cheikha Remitti, Cheb Khaled, et Cheb Mami jouent pour le public français. Cet événement marque un tournant pour le genre qui deviendra plus apprécié du grand public international. Les musiciens raï réussissent à bien vendre leurs cassettes de musique en France et pour la première fois en 1992, une chanson de raï parvient à gagner une place au Top 50 en France: la chanson Didi de Khaled. Jusqu’à présent, on peut écouter assez souvent des chansons à la radio en France qui mélangent le français et l’arabe algérien (le darija) et qui fusionnent plusieurs styles. Et comme la musique ne s’arrête jamais de se transformer, le raï connaîtra bien de nouvelles évolutions: le rap-raï, l’électro-raï, le rock et raï et même le Raï’n’b.
Rachel Kirk
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