“Un texte dit égal un verre offert”

Chaque semaine, Guillaume Gibert, guitariste classique, vous présente un compositeur ou une oeuvre musicale. Grand Corps Malade est à l’honneur cette semaine.

“Un texte dit égal un verre offert”. Voici peut-être la seule règle des scènes slam francophones. Né aux États-Unis à la fin des années 1980 et débarqué en Europe et en France dans les années 1990, le slam est une forme de poésie libre, née hors des cercles académiques et qui entend le rester. Porté par le désir de liberté d’expression et de démocratisation de l’art poétique, le slam a cette particularité de rassembler à la fois anciennes et jeunes générations, les gens de la campagne et ceux de la ville, classes populaires et plus privilégiées, slameurs de tous les pays, enfin.
Les règles minimales permettent la participation du plus grand nombre : inscription ouverte à tous, un seul texte par passage sur scène, pas de musique d’accompagnement et trois minutes de temps de passage par slameur.

Des tournois de slam existent pour promouvoir cet art et ces artistes, mais c’est surtout le désir de partage, d’échange et de rencontre qui caractérise ces soirées dans les bars, les centres culturels, ou n’importe quel espace converti en scène pour l’occasion. Du texte engagé au texte d’amour, du fragment évoquant le haïku japonais aux longues tirades rimées, de la versification à la prose libre, cha­que slameur porte a capella son univers poétique de la manière qui lui est propre.
Sans autre artifice que la beauté et le poids des mots, c’est un art de la parole libre, mais aussi un art de l’écoute. Un moment suspendu où des êtres humains se rassemblent autour de leur amour du verbe. Mots pour dire, mots pour faire et refaire le monde, pour le défaire aussi. Mots qui flottent dans l’air, tissant des liens entre les êtres rassemblés, créant l’espace d’une soirée un monde commun. Mots qui peignent, mots qui voyagent et circulent, mots qui rient aussi. Chaque texte de slam est un moment où, dans le silence momentané d’une soirée et de répit face au tumulte du quotidien, chacun peut dire son intériorité, chacun peut rencontrer celle de l’autre. Ecriture à l’oral, c’est un art de l’éphémère, de l’instant.
Si le slam a fait son chemin jusqu’aux plateaux télé et même jusqu’au bac de Français, il n’a pas perdu l’esprit des débuts qui l’anime. Irréductible à toute forme prédéterminée, profondément hétérogène et éclectique, le slam voit ses formes se diversifier et ses espaces de diffusion évoluer. Mais comme le dit Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, “Le slam est peut-être un art, le slam est peut-être un mouvement, le slam est sûrement un Moment… Un moment d’écoute, un moment de tolérance, un moment de rencontres, un moment de partage” .

Guillaume Gibert

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