À l’occasion de la demi-finale 100% francophone France – Belgique lors de la Coupe du Monde 2018, un journaliste du Addison County Indépendent a pris la peine de se déplacer pour écrire un article sur l’ambiance au sein de l’École pendant la diffusion du match. Nous avons traduit pour vous son article.
La salle 216 de l’édifice Bicentennial Hall de Middlebury College a tout d’une salle de classe typique avec ses sièges bien rangés. Mais mardi dernier, cette enceinte dédiée aux sciences de la nature a connu une transformation majeure grâce à la conjonction de deux phénomènes : le programme d’Écoles de langues et le tournoi de la coupe du monde de la FIFA.
Près d’une quarantaine de personnes, étudiants.es, enseignants.es et assistants.es de l’École de français, s’est rassemblée pour assister à la diffusion en direct de la demi-finale opposant l’équipe belge à l’équipe française, le tout projeté sur le grand écran de la salle 216.
Selon l’enseignant Charles Frankel, un franco-américain qui ne cache pas son allégeance à l’équipe française, on assiste à « un match fratricide entre deux nations francophones ».
S’il se trouvait dans la salle 216 quelques supporters des Diables rouges, leur présence a été submergée par l’enthousiasme des nombreux fans appuyant bruyamment Les Bleus, nom donné à la sélection française.
Bien que cette diffusion avait lieu en territoire américain, personne ne s’y serait cru en écoutant les conversations puisque les étudiants.es des écoles de langue de Middlebury respectent scrupuleusement l’engagement sur l’honneur de ne parler uniquement que la langue qu’ils étudient pour l’été, en l’occurrence ici le français, langue des deux nations sur la surface de jeu russe de cette demi-finale de la FIFA.
Dès qu’ils ont vu les joueurs français entonner La Marseillaise, l’assistance s’est aussitôt levée pour en faire autant. La plupart des enseignants.es venant de France chantaient avec ferveur alors que les étudiants.es, en majorité des Américains.es, marmonnaient consciencieusement l’hymne français.
Quelques-uns d’entre eux se trouvaient là davantage par curiosité que par amour de ce sport que le reste de la planète appelle « football ».
« Puisque la France est en demi-finale, je voulais regarder le match » affirme Rachel, une étudiante américaine au programme de maîtrise de l’École de français. « C’est plutôt intéressant et je n’ai rien d’autre à faire ! », renchérit-elle.
Le sifflet se fait entendre pour le coup d’envoi.
« C’est parti ! » hurlent les amateurs comptant parmi eux de sérieux amateurs de foot comme Chistophe Lagier qui avoue être « très tendu », ajoutant à la blague : « Quelqu’un sait où se trouve le défibrillateur? ». Son compatriote Guillaume Gibert file la métaphore coronarienne en ajoutant : « Je souhaite de tout mon cœur que la France gagne ce match ! ».
Ils n’étaient pas les seuls à ressentir de l’anxiété; après une première demie sans points, les spectateurs, sur le bout de leurs sièges, retenaient leur souffle à la moindre menace belge en territoire français et ne ménageant pas les critiques à l’égard des Bleus lorsqu’ils rataient une chance d’attaquer.
« Non, mais attaque quoi! »
« Passe la balle ! »
« Mais nooooon ! »
À la mi-temps, les spectateurs se sont dits satisfaits du jeu qui répondait à leurs attentes.
« C’est du feu ! », lance Guillaume Gibert. « Les Belges, ils sont forts. »
Pascal Somé, professeur burkinabé qui affirme qu’il soutiendra la France jusqu’à ce que son pays natal se qualifie un jour à la coupe du monde, parlait d’un match imprévisible à ce moment-là : « Il est difficile de dire qui va gagner parce que tout peut arriver ».
Enfin, à la cinquante et unième minute, une avancée : après un corner, le milieu défensif français Samuel Umtitti marque avec une tête, déjouant le gardien belge qui plongeait, rendant la salle 216 en liesse.
« Voilà ! »
« Allez ! »
« C’est ça ! »
Moins d’une heure plus tard, le sort en était jeté : la France l’emportait 1-0 et les fans se congratulaient avec des accolades et des poignées de mains, impatients de passer à la finale du prestigieux tournoi.
« Dimanche, 11 h ! » a lancé Christophe Lagier en quittant les lieux.
Pour les Français exilés le temps d’un été, voir leur équipe gagner depuis les États-Unis revêt un caractère aussi gratifiant qu’étonnant.
« En fait, c’est génial parce que lorsque tu es en France, tu regardes le match tout seul, chez toi. Mais ici il y a plein de monde avec qui tu peux parler de foot », conclut Guillaume Gibert.
Connor Owens, le directeur de communication de l’École française qui a organisé les séances de visionnement pendant le tournoi, s’est dit impressionné par l’enthousiasme des participants.es.
« Je suis européen et je croyais qu’il y avait une différence marquée quant à l’intérêt des Américains pour le foot » a dit Owens. « Mais de nombreuses personnes suivent cela près et beaucoup de monde vient regarder chaque match. Et les étudiants apprécient beaucoup parce qu’ils encouragent l’équipe et apprennent de nouveaux mots de vocabulaire. C’est comme si vous regardiez un match avec vos meilleurs potes ! »
La foule s’est dispersée et la classe 216 a retrouvé sa nature : une salle de classe comme les autres au Vermont… du moins jusqu’à la finale de dimanche matin qui opposera Les Bleus à l’équipe nationale de Croatie. D’ailleurs, les preneurs aux livres donnent la France favorite pour cette grande finale.
Nick Garber, Addison County Independant.
Texte traduit par Michel Gagné.
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