Canafranbécois de souche

Drapeau illustrant la complexité de la place du Québec et du français au Canada

“Moé ch’ t’ un Canadien québécois. Un Français, Canadien-français. Un Américain du Nord français. Un francophone québécois, canadien. Un Québécois d’expression canadienne-française FRANÇAISE! On est des Canadiens américains francophones d’Amérique du Nord. Des Franco-québécois… On est des Franco-canadiens du Québec. Des Québécois canadiens. C’est ça!” https://youtu.be/lZS7sOOpELI

Ce verbatim du tout aussi clownesque que légendaire Elvis Graton, modèle du colon colonisé québécois des années 1980, résume bien la confusion identitaire des habitants de “La belle province” au sein de cette drôle de mosaïque que constitue le Canada.  

Mais pourquoi le Québécois parlant français s’insurge-t-il si facilement ou balbutie-t-il confusément son identité lorsqu’un étranger lui demande s’il est Canadien? Pourquoi s’empresse-t-il de rectifier son interlocuteur en lui précisant qu’il est d’abord Québécois? Et qui est ce IL? Il peut s’agir de votre humble serviteur, de ses enfants, de sa famille, des habitants de sa ville et de son village… hors-métropole. Parce que les Montréalais viennent de partout et rien de plus facile que de ne jamais prononcer un mot anglais lors d’un séjour à Montréal. En région, l’histoire diffère.  

On objectera au Québécois que son passeport est canadien. Que s’il éprouve des ennuis à l’étran­ger, il aura affaire à du personnel diplomatique canadien. Peut-être, mais cet état de fait n’est rien d’autre qu’administratif; le Québécois paie ses impôts tant au pallier provincial que fédéral.  

Jusque dans les années 1960, on attribuait le vocable “Canadien” aux francophones de ce dominion britannique. Les anglophones montréalais ou du reste du Canada (ROC) portaient les nationalités britannique, irlandaise, écossaise, ukrainienne, acadienne même. Le Canadien était donc ce reliquat du Bas-Canada des patriotes ayant pourfendu le régime anglais jusqu’à leur humiliante défaite de 1837. Lorsqu’ils ont échoué à arracher leur indépendance à l’Angleterre, douze ont été exé­cutés publiquement le 15 février 1839 et nombreux ont été exilés ou ont fui aux États-Unis où ils trouvaient une communauté d’esprit anti-anglais puisque les Américains s’étaient battus pour leur indépendance une cinquantaine d’années avant. 

La confédération canadienne (dix provinces égales, deux territoires) voit le jour en 1867. À partir de là, tout habitant du territoire allant Ad mare usque ad mare (d’un océan à l’autre) devient Canadien. Lors de la Révolution tranquille des années 1960, les Canadiens-français deviennent des Québécois puisqu’ils occupent la province de Québec. Paradoxe : l’étymologie du mot “province” vient du latin pronvincia, “pour le vainqueur”, en l’occurrence la couronne britannique. Mais si on se fie à ce cher Elvis Graton, le Québécois n’en est pas à un paradoxe près! 

Michel Gagné

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