“La crise sanitaire a altéré nos vies tant personnelles que professionnelles”

Portrait of Anne Muxel

Anne Muxel, spécialiste de l’intime, présentera ce jeudi 8 juillet une conférence intitulée “Distanciations et confinements : quand la pandémie de COVID-19 touche à l’intime.”

En quoi consistent vos recherches en général? 

Je travaille sur deux sujets. Dans un premier temps, je m’intéresse aux attitudes et comportements politiques des citoyens, parti­culièrement les jeunes, à savoir comment se construit le rapport à la politique. Cela consiste, entre autres, à observer les formes et diversifications de l’identité politique citoyenne ainsi que le rapport à la démocratie et ses risques de dérives. Dans un deuxième temps, je me spécia­lise dans la sociologie de l’intime, c’est-à-dire la transmission familliale comprenant les phénomènes mémoriels individuels et collectifs. 

La pandémie que nous avons traversée a-t-elle ou risque-t-elle de changer notre rapport à l’intime?

Absolument! La crise sanitaire a altéré, voire transformé nos vies tant personnelles que professionnelles et ce faisant a modifié notre altérité. J’élabore cet aspect dans mon récent essai, L’Autre à distance : quand la pandémie touche à l’intime, publié chez Odile Jacob.

Pouvez-vous donner un exemple concret de cette transformation?

Prenons seulement les restrictions de la dernière année. Elles ont radicalement changé le quotidien des jeunes adultes, ne serait-ce que dans la sphère de l’apprentissage. Ils ne pouvaient plus exercer leur liberté d’explorer, de rencontrer, d’expérimenter, etc. Et le phénomène se vérifie également dans la population en général : l’intimité, le travail, la vie de famille, la vie  amoureuse, tout cela a été conditionné par la pandémie. 

Y aura-t-il un avant et un après pandémie?

Je crois que oui et que cela ouvre des perspectives nouvelles sur le plan politique. Malgré qu’elle semble avoir été occultée par la crise sanitaire, l’urgence climatique a occupé beaucoup de place et la pandémie a imposé à l’agenda politique des enjeux planétaires : environnement, surpopulations, iniquités, etc. Le quotidien des individus reprendra, mais nous faisons face à une autre conscience du monde. Malgré le fait que l’urgence sanitaire ait occupé le devant de la scène pendant la pandémie, l’enjeu environnemental demeure une préoccupation majeure pour les jeunes. Bien qu’en apparence camoufflée, elle revient au devant de la scène. 

On peut donc s’attendre à une plus grande implication politique de la jeunesse?

Oui, mais les jeunes ne vont pas voter. Avec moins de 20% de participation aux élections régionales, la mobilisation se fait  en-dehors de la sphère politique : pétitions, réseaux sociaux, etc. Les jeunes ne sont pas dépolitisés. Ils ont une conscience des problèmes qui se posent et ils interviennent en-dehors des canaux traditionnels.

Propos recueillis par Michel Gagné

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