Bella Ciao, de la «Résistance» à les «Résistances»

En 2018, cinq artistes de la scène urbaine francophone recréent la chanson, une nouvelle fois rendue célèbre par la série phénomène La Casa de Papel.

 «Ciao» est aujourd’hui l’italianisme le plus utilisé dans le monde comme salutation amicale. Autre succès transnational la célèbre chanson partisane, Bella ciao, a été traduite en plus de quarante langues. Ce chant d’engagement voit pour la première fois son texte complètement transformé dans l’opération de Naestro, Maître Gims, Slimane, Vitaa, et Dadju.

Déjà Yves Montand…

Dans les années 1960, les travailleurs chicanos de Californie la chantent durant leur grève. Yves Montand la popularise dans un célèbre disque de 1963. Ce sera ensuite des groupes de rock, une version de Manu Chao, et même une version en kabyle de Ferrat Mehenni en 2004. 

Déjà dans les rizières

Les chansons populaires ne peuvent pas toujours être rattachées à un auteur. Dans le folklore traditionnel, la genèse se perd dans les sentiers de la transmission orale. Quant à Bella ciao, beaucoup se sont attribués le mérite de sa naissance. En réalité, ses principales origines sont les chansons du XIXe siècle, La bevanda sonnifera (La boisson du sommeil) et Fior di tomba (Fleur de la tombe), l’histoire d’une fille qui, se levant le matin, va à la fenêtre et voit apparaître son premier amour. La chanson partisane dira quant à elle que ce matin-là c’est l’‘envahisseur’ allemand qui arrive. Cette version ‘moderne’ populaire dans le centre-nord d’Italie pendant la Résistance, comporte à son tour des versions antérieures des Mondine, ces femmes travaillant dans les rizières, mais avec des paroles différentes pour dénoncer leurs conditions de travail.

“Le matin, à peine levée / À la rizière je dois aller (…) Et entre les insectes et les moustiques / Un dur labeur je dois faire”.   

En 2018, la réécriture de ce monument musical de la résistance internationale, par des artistes africains et d’autres appartenant à la seconde génération, suscite des controverses, car elle est jugée par certains inappropriée.Hommage à l’original, les nouvelles paroles parlent d’amour à distance – séparé et empêché.  Si la guerre de Résistance a été la mère de la version paradigmatique de cette chanson, peut-être l’aliénation diasporique postcoloniale est-elle plutôt la mère de « résistances » multiples et fragmentées qui peuvent permettre la représentativité et la solidarité.

“Je t’envoie mes mots / De là où je suis (…) / Quand tous les efforts / Tous les écrits / N’ont plus de sens, n’ont plus de prix / J’ai crié ma peine / Mon poing sur les murs”

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