Fréhel, chanteuse de la java bleue… a t-elle été vraiment frêle ?

Nous connaissons tous la mélodie… c’est la java bleue… mais connaissons-nous vraiment la femme derrière le micro?

Quelle nostalgie éprouve-t-on à l’écoute des chansons de Marguerite Boulc’h! D’abord connue comme Pervenche, on la surnomme plus tard Fréhel, en hommage au célèbre cap breton d’où sa famille venait. Cette voix est un écho d’une autre époque. Les chansons de cette parisienne nous transportent à l’époque du music-hall pendant les années trente. On entend la misère d’une vie amoureuse tragique. On entend aussi une vérité dans le ton de sa voix. On entend des histoires de “la Grande Guerre.” Elle nous communique la tristesse, la passion et la joie. Ses mélodies sont à la fois simples et émouvantes, et son vibrato est typiquement français. 

L’époque du music-hall 

Héritier du café concert, le music-hall devient le nouveau genre de spectacle entre les années 1880 et 1930. Ces performances se distinguent par plusieurs éléments : le service, le spectacle, le grand nombre de spectateurs et les dimensions de la salle. On imagine les teintes rouges, symbole de la passion, de la tentation et du luxe. Le déclin de cette époque arrive avec l’amélioration du cinéma et le début de la radio et du gramophone. Fréhel, née en 1891, grandit pendant cette époque et elle devient bientôt une vraie vedette de la chanson réaliste.

“L’inoubliable oubliée”

Bien que La Paix soit étrangère dans la vie de Marguerite, elle a de la chance à l’âge de quinze ans. Une des vedettes de l’époque, La Belle Otero, est séduite par sa voix.

Cette jeune fille a beaucoup d’audace! Elle l’introduit à son monde de musique et elle commence à performer des chansons de la Belle Époque. On l’appelle Pervenche. On peut se demander si cette couleur bleue représente le ton mélancolique avec lequel elle chante. Elle devient une vedette locale qui chante souvent au Café de l’Univers. En 1907, elle se marie avec un comédien du Music-Hall s’appelant Roberty. Ils auront un fils ensemble.

Malheureusement, leur bébé meurt très jeune et Roberty la quitte pour une autre chanteuse. Elle aura beaucoup d’ amants dans sa vie, notamment le chanteur célèbre Maurice Chevalier. Il la quittera aussi. En 1911, on voit l’apparence de son nouveau pseudonyme Fréhel. C’est certainement une référence bretonne, mais on peut aussi déduire que ce nom est lié au mot “frêle,”, c’est-à-dire qu’elle possède une certaine fragilité. Après une fuite en Europe de l’Est, elle développe une dépendance à la cocaïne et à l’alcool. Elle se noie dans ces produits toxiques. Pendant cette pause, Fréhel perd beaucoup de sa notoriété. En rentrant en France, elle chante de nouveau à l’Olympia en 1925 et c’est un vrai triomphe. Pendant les années 1920 et 1930, Fréhel apparaît dans plusieurs films et elle nous donne ses chansons les plus célèbres, y compris Musette (1928), Comme un moineau (1931), Où est-il donc? (1936), et la plus connue en 1939 : La java bleue. 

Fréhel meurt seule, pauvre, alcoolique et presque oubliée en 1951. Forte comme la côte sauvage de Bretagne et frêle sous l’influence des drogues, on pourrait dire qu’elle a vraiment inventé le destin tragique d’une célébrité que l’on voit trop souvent aujourd’hui. Malgré ce déclin, elle reste une légende du Music-hall français. “Une foule considérable” assiste à l’enterrement de cette artiste, symbole de la chanson réaliste.  Fréhel montre la voie pour les autres chanteuses qui ont envie de s’exprimer d’une façon réelle et imparfaite. Sa vie est pleine de passion, d’ivresse et de tragédie, mais sa voix perdure. Des générations plus tard, les âmes-soeurs comme moi l’écoutent toujours. N’est-ce pas cela que nous espérons tous après notre mort, que nos histoires soient racontées?

Carolyn Wert

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